Les
jeunes des pays touchés par la désertification se réunissent à
Bamako
Bamako, le 05 septembre 2006_
Dans le souci de juguler les effets douloureux de la désertification,
plus de 100 jeunes du monde entier ont donné hier à Bamako, le
coup d’envoi d’une conférence internationale ayant pour thème
Jeunesse et lutte contre la désertification.
Organisée dans le cadre des activités commémorant l’Année
internationale des déserts et de la désertification, la cérémonie
d’ouverture de cette importante rencontre était présidée par
SEM Ousmane Issoufi Maîga, Premier Ministre et Chef du
Gouvernement de la République du Mali, qui pour marquer l’évènement
s’est dit « heureux et
fier que le Mali, pays au trois-quarts désertique, accueille
cette conférence ».
Ont pris part à l’ouverture des travaux, les membres du
Gouvernement du Mali, le Ministre Italien de l’Environnement et
de l’aménagement du territoire, les Ambassadeurs, Chefs
de mission diplomatiques, et Représentants d’organismes de coopération
au Mali, le Secrétaire Exécutif de la Convention des Nations
Unies sur la lutte contre la désertification (CCD),
le Coordonnateur Résident des activités opérationnelles du système
des Nations Unies au Mali et Représentant Résident du PNUD, le
Secrétaire Exécutif du CILSS ainsi que les autorités
administratives du district de Bamako.
Cette rencontre qui se tient jusqu’au 6 septembre constitue
un mécanisme de capitalisation et de suivi des recommandations du
forum de la jeunesse africaine qui s’est tenu ici même à
Bamako, en marge du Sommet Afrique-France des Chefs d’Etat de décembre
2005. Les jeunes à cette occasion avaient adressé aux Chefs d’Etat
une série de recommandations visant globalement à les impliquer
dans les processus de prise de décisions qui engagent forcement
leur avenir .
De
vastes régions du monde menacées
La désertification est le plus souvent causée par
des facteurs humains dont les principaux sont les mauvaises
pratiques culturales, le surpâturage, les feux de brousse,
l’exploitation forestière illégale et abusive. Les changements
climatiques et les phénomènes météorologiques violents
amplifient le phénomène. Les conséquences qui en découlent et
qui affectent directement les jeunes sont l’exacerbation de la
pauvreté, la faim, la malnutrition, les épidémies, la perte de
la biodiversité, le chômage massif, les conflits, les violations
des droits de l’homme et les migrations forcées. Ces facteurs
compromettent l’atteinte des objectifs du Millénaire pour le développement,
un pacte entre les nations pour vaincre la pauvreté à
l’horizon 2015.
Selon les données scientifiques, le phénomène de la désertification
touche 40% de la surface émergée de la terre où vivent plus de
2 milliards d’êtres humains. Ce qui fera dire à M. Joseph
Byll-Cataria, Coordonnateur résident des activités opérationnelles
du système des Nations Unies au Mali et Représentant Résident
du PNUD que «chaque individu
vivant dans un pays, riche ou non, est directement ou
indirectement affecté par la désertification ».
Pour lui, la participation des représentants des pays de tous les
continents à cette rencontre de Bamako est un signe
d’engagement dans l’urgence du combat à mener contre la désertification.
Il a de ce fait souligné la nécessité de mettre intégralement
en œuvre la CCD , afin de préserver les cultures, les structures
économiques et les écosystèmes combien précieux des zones
arides.
Ratifiée en 1996 par 191 Etats dont le Mali, la CCD est un traité
international qui fait obligation aux pays affectés par la désertification
de mettre en œuvre des programmes d’action pour lutter contre
le fléau, en y associant les couches les plus vulnérables que
sont les femmes et les jeunes. Dans la poursuite de cette
recommandation, M. Joseph Byll-Cataria a rappelé les efforts déployés
par le PNUD, et globalement le système des Nations Unies, auprès
du Gouvernement malien et de la société civile de ce pays, en
vue de permettre aux communautés, aux services techniques de l’Etat
et aux collectivités locales de mener leurs actions dans un cadre
favorable à la gestion durable de l’environnement.
Dans une autre dimension, la CCD contraint les pays développés
à rendre disponibles suffisamment de ressources pour lutter
contre la désertification dans les zones concernées. Pour
M. Alfonso Pecoraro Scanio, ministre Italien de l’Environnement
et de l’aménagement du territoire, dont le pays apporte la plus
grande contribution à la mise en œuvre de la CCD , « la
dégradation des terres et la désertification doivent être
vigoureusement pris en compte avant que leur effets ne soient irréversibles ».
Considérant que la désertification demeure un phénomène encore
mal connu et considéré à tort par certains comme marginal, le
ministre a souligné la nécessité de mener des campagnes
d’information ayant un fort impact sur les populations et les décideurs
politiques, en termes d’actions visant à combattre le fléau.
Il a de ce fait invité les participants à la rencontre à
développer davantage de relations de coopération, à partager
leurs expériences, à valoriser les savoir-faire traditionnels,
et à combiner les méthodes innovantes à ces savoirs anciens,
afin de lutter contre les effets paupérisants de la désertification.
Un
camp des jeunes dans la forêt classée des Monts Mandingues
Pour M. Nancoma Keïta, Ministre de l’Environnement et de
l’Assainissement du Mali, la lutte de lutte contre la désertification
mérite le soutien de tous les bailleurs afin, dira t-il, de
« redonner espoir aux
millions d’êtres humains qui subissent les effets désastreux
de ce phénomène et qui n’ont d’autre choix que de migrer ou
d’amplifier le phénomène de la désertification pour survivre ».
En effet, face au besoin de survie à court terme, les populations
des zones à risque environnemental sévère, notamment les
jeunes, effectuent des déplacements de plus en plus
massifs, lointains et de longue durée. Au delà de ses conséquences
souvent tragiques, comme il est donné de constater par les médias,
ce phénomène migratoire constitue un élément d’une grande
importance au triple plan démographique, économique et
environnemental.
La désertification et les problèmes liés aux sécheresses récurrentes
interpellent les jeunes au premier rang. La CCD devrait constituer
pour les jeunes un « outil
important capable
de changer fondamentalement la vie des populations les plus démunies
au monde, comme celles des zones touchées par la désertification »,
a dit M. Hama Arba Diallo, Secrétaire Exécutif de la CCD.
Celle-ci a d’ailleurs accrédité plus de 500 organisations de
la société civile dont la majorité est animée par les jeunes.
En marge des travaux, les personnalités de haut rang, dont le
Ministre Italien de l’Environnement, ont procédé à la pose de
la première pierre du camp écologique des jeunes pour la
désertification. Situé dans la forêt classée des Monts
mandingues, à 25 km de Bamako sur une superficie de 6 ha , ce
camp vise à matérialiser une situation ou l’on retrouvera des
infrastructures sportives et récréatives et des activités
humaines en parfaite harmonie avec l’environnement. D’un
coût total de 105 millions de F CFA environ, le camp entièrement
financé par le Secrétariat de la CCD sur ressources du
Gouvernement italien disposera des éléments suivants : un
forage équipé d’un système de pompage solaire, une
exploitation pastorale, une exploitation agricole biologique et
une pépinière forestière . Il pourra accueillir jusqu’à
150 personnes.
Les participants à la Conférence internationale sur la jeunesse
et la désertification mettront le temps à profit pour partager
les leçons tirées d’initiatives de lutte au Mali, en Inde, en
République Dominicaine, en Georgie, en Italie, en Argentine, en
Chine et au Mozambique.
Pour
toute autre information, contacter M. Kalfa Sanogo
kalfa.sanogo@undp.org