Des milliers de jeunes bénéficient d’une formation dans des métiers en forte demande.

1 févr. 2018

 

 

Ibrahima Coulibaly mélange habilement les colorants et la soude caustique dans de l’eau chaude avant d’y faire tremper un pagne. « Les quinze premières minutes de la cuisson des pagnes sont les plus intéressantes. Ça doit être bien mélangé pour que les couleurs soient uniformes et bien vivantes. »

A 25 ans, Ibrahima à pour la première fois de sa vie un emploi stable. Déscolarisé à l’âge de 9 ans, sans emploi ni qualification, il a pu suivre une formation de teinturier spécialisé dans le bazin grâce à un projet de réinsertion socioéconomique des jeunes piloté par le PNUD et financé par la Norvège pour un montant d’environ 2,1 millions de dollars.

Le bazin a une valeur rituelle au Mali. Cette toile de coton blanche et teinte selon des motifs traditionnels est utilisée comme habit de cérémonie. Formé à confectionner des motifs simples et basiques, il élabore depuis de nouveaux modèles, selon son imagination et la demande de ses clients. formation offre l’équipement de base, quelques bassines pour les mélanges et des kits de protections contre les produits toxiques.

 

 

« Pour obtenir deux couleurs, on trempe une première fois sans que l’eau ne soit bouillante, puis on approche une bougie pour faire sortir le motif. Et ensuite, on trempe une deuxième fois, » explique Ibrahima.

La première phase du projet auquel Ibrahima a participé consistait tout d’abord en la création de 1000 emplois d’urgence pour les jeunes dans un contexte post-crise au Mali.

« C’est un programme mixte, comprenant 30 à 40% de filles, donnant à des jeunes vulnérables le goût du travail. Nous les protégeons de l’extrémisme violent, du banditisme et de la migration en leur offrant des opportunités d’emplois rémunérateurs, » explique Baber Abdou Dicko, Coordinateur National du projet.

Créée sur la base d’un engagement volontaire du jeune, la formation de trois mois fournit un kit d’installation consistant en un équipement rudimentaire pour s’installer et travailler à son propre compte.

 

Ibrahima produit environ deux pièces de trente mètres par semaine.

 

 

Ibrahima a ainsi reçu, en plus de sa formation théorique, des tissus en bazin, des colorants, des bassines pour teinture, des sceaux, des protections contre les produits chimiques, etc…

Le PNUD effectue ensuite un suivi sur plusieurs mois pour évaluer la pérennité et l’impact des activités, et pour aider les jeunes à mieux les développer en vue de devenir autonomes.

« La plupart d’entre eux ont réussi à se réinsérer grâce à leur engagement et l’appui technique de l’équipe du projet. Certes, il y a des difficultés, mais beaucoup s’en sortent, » ajoute Baber Abdou Dicko.

« Ce système sert également à détourner des milliers de jeunes du Djihadisme, dans un contexte marqué par l’activisme des groupes et milices armés. »

La voie vers l’autonomisation

Les clients viennent voir Ibrahima avec leur pagne, choisissent le type de motifs qu’ils désirent et Ibrahima lance la commande. Il a même récemment été approché par des grossistes du Sénégal et de la Guinée.

Son travail lui permet désormais d’épargner et il compte aménager un grand espace pour y construire un hangar et installer définitivement son atelier. Pour ce faire, il aimerait avoir un fonds de roulement pour pouvoir acheter des teintures et des pagnes, pouvoir produire plus de modèles et élargir sa clientèle.

« J’aimerais former d’autres jeunes à la teinture. Ici, les jeunes ont trop tendance à partir parce qu’ils n’ont plus d’espoir, » conclut Ibrahima.

Financé par la Norvège pour un montant d’environ 2 millions de dollars, ce projet offre l’opportunité à des milliers de jeunes déscolarisés et non scolarisés des régions du Nord (Tombouctou, Gao) et du centre (Mopti) dont une cinquantaine de jeunes de Bamako peu qualifiés et la plupart sans emploi, de bénéficier d’une formation dans des métiers en forte demande dans leur région d’orine.

 

 

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